Résumé
La future épouse est douée de la somme de six cent livres de douaire préfix. Elle a 19 ans et est donc mineure, la majorité pour les filles est de 25 ans. Elle peut toutefois se marier : elle est « émancipée d’âge suivant lettre par elle obtenue en chancellerie le vingt-huit août mil sept cent vingt-huit.»
Ce contrat est suivi de la quittance de partage des biens et la succession de la veuve MORVANT ( Louise LANISIEN ) au profit de Pétronille DUMONT, sa petite-fille, et de son futur époux. Voir page 5 deuxième partie. Ils reçoivent des mains de Louis DAMOREAU, la somme de neuf cent vingt-six livres, frais de notaire déduits, à fournir « la veille de leur épousailles ». La quittance du vingt-six janvier indique donc que les noces de François et Pétronille auraient eu lieu le vendredi vingt-sept janvier 1730. Le contrat de mariage de Janvier NAVET et Marie Madeleine DUMONT, sœur de Pétronille est daté du dimanche 29 janvier 1730. De là à penser qu’ils se sont mariés le même jour…

Faits marquants
Ce document donne, comme unique source, le nom de l’épouse de Jean Aveline : Claude CHABRAND.
Nous entrons ici dans la famille DUMONT et aussi NAVET par Marie Madelaine DUMONT le mois suivant, le 29 janvier 1730.
François, veuf en 1729, épouse Pétronille DUMONT la même année car Jean François n’a que quelques mois. Ils habitent rue Saint Antoine, paroisse Saint Gervais puis paroisse Saint Louis, rue Saint Louis en l’île. Pétronille élève sans doute Jean François. Nicolas François Xavier, notre aïeul, naîtra bien plus tard, en 1747. C’est lui qui ira en Alsace avec ses parents. Il ne sera pas cordonnier mais serrurier, homme de métier du cardinal de Rohan.
Louis ADAM, Marchand cordonnier à Paris, fait partie des amis du couple. Il habite Île Notre Dame, paroisse Saint Louis dans une maison appartenant à maître Pierre Triquet, procureur au parlement. Voilà une proximité qui pourrait expliquer le déménagement de François et Pétronille en l’île Saint Louis. Mais vu son âge, deuxième veuvage en 1702 avec deux enfants mineurs, il devait déjà être l’ami de Jean AVELINE. Un inventaire de six pages ( AN ET-LX-172 ) nous donne de précieux renseignements sur l’environnement d’un cordonnier. De surcroit son épouse s’appelait Marie DUMONT, décédée le 27/09/1701.

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Transcription
Furent présent I Jean AVELINE marchand cordonnier à Paris y demeurant rue Saint Antoine paroisse Saint Gervais veuf de Jeanne Denise COIN, fils de Jean AVELINE bourgeois de Paris y demeurant au susdite rue Saint Antoine paroisse Saint Paul et de défunte Claude CHABRAND (1) sa femme Jean AVELINE son père pour ci présent assisté et autorisé, pour lui et en son nom d’autre part.
Et Pétronille DUMONT fille du défunt Pierre DUMONT, Officier déchargeur de bois, et Marie Jeanne MORVANT sa femme ses père et mère, mineure émancipée d’âge suivant lettre par elle obtenue en chancellerie le vingt-huit août mille sept cent vingt-huit entériné par sentence de l’Hôtel de Paris du trente du même mois, demeurant à Paris sur l’Aile de Pont Marie paroisse Saint-Louis, pour elle et en son nom d’autre part.
Lesquelles parties en la présence du consentement de leurs parents et amis ci après nommés savoir de la part dudit futur époux de frère François BETU bourgeois de Paris allié, Jean BONDY (2) Marchand cordonnier à Paris, Vale VELON aussi marchand cordonnier à Paris, ami, et de la part de la dite future épouse de Marie Madeleine DUMONT sa sœur, veuve de Jean MARLANT Compagnon maçon, François FLEURY, Marchand grainier à Paris, et Marie Louise DUMONT sa femme, sœur, Michel BONNEFOY Voiturier, oncle à cause de Edmée DUMONT sa femme, Louis DAMOREAU, Marchand bourrelier à Paris et Marie Jeanne MORVANT sa femme, tante, René TURBET, Voiturier par eau et par terre, cousin, et Louis ADAM, Marchand cordonnier à Paris, amis, …
I : rectificatif paraphé en marge : François
1. Seule et unique mention de notre aïeule. CHABRAND est un nom de famille de la provence, représentant un nom de personne d’origine germanique carobrand, forme de carpret au combat et brandépée surnom probable d’un guerrier .
2. Jean BONDY est le grand-père de feu Denise Jeanne COIN
page 2
ont fait ensemble le traité accords et conventions de mariage qui suivent.
C’est à savoir que lesdits François AVELINE et Pétronille DUMONT ont promis se prendre l’un l’autre par nom estoy [étant] le mariage a iceluy [celui-ci] faire solennité en face de notre Mère Sainte Église incessamment. Seront les dits futurs époux une communauté tant [en] biens meubles et conquêts immeubles suivant la coutume de Paris au dessin de laquelle leur future communauté sera régie et gouvernée encore que ci après ils fassent leur demande et déclarent acquisition de biens en payer le contenu estoix [étant] contraires auxquelles est expressément dérogé ou renonce,
Ne seront néanmoins tenus de dettes et hypothèque l’un de l’autre faites et frais avant la célébration dudit mariage et si aucune y a elles seront payées et acquittées par celui qui les aura faites et frais et sur son bien particulier sans que tant et si bien en soient aucunement tenus.
Le dit futur époux pour la dite future épouse aux biens et droits à elle appartenant et comme lui étant échus par le doué de ladite défunte père et mère, et de Louise LANISIEN son aïeule maternelle veuve de Claude MORVANT, consistant en neuf cent vingt-six livres de deniers comptant III, cent livres en meubles, linge et hardes et à l’usage de ladite future épouse, en plus dans son septième et autre partage et rentes (2) Gapes, la première de trente-trois livres et vingt-huit deniers de rente viagère sur les tailles réduction de quarante livres et aussi de rente viagère et constituée sur la tête de Marie Françoise DUMONT sa sœur I, la deuxième de soixante-dix-huit livres II de rente sur l’âge en Gabelle constitué au profit de ladite veuve MORVANT par contrat passé devant Pean et son confrère notaire à Paris le trente mai mille sept cent vingt-neuf.
La troisième de treize livres de rente constituées sur lesdites d’âge en Gabelles au profit desdits défunts Pierre DUMONT par contrat passé…
I précision paraphée en marge : par contrat passé devant Auger notaire à Paris le onze février 1729
II précision paraphée en marge : un sols six deniers _
III précision paraphée en marge : est aux mains du dit Damoreau et sa femme. [Louis Damoreau, cousin et second époux de Marie Jeanne Morvant, mère de la future épouse.]
2. Les rentes sur l’Hôtel de Ville de Paris sous Louis XIV
https://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1998_num_17_4_2005
https://journals.openedition.org/histoiremesure/421
page 3
devant de Saint Georges et son confrère notaires à Paris le vingt-trois août mille sept cent vingt-trois, la quatrième de cinquante-cinq livres six sols de rente au denier cinquante sur les tailles constituées par quittances de finance de Maître Dotuonouyes Garde du trésor royal du vingt-huit juin mille sept cent vingt-six contrôlé le trente août suivant, et la cinquième de soixante-douze livres deux sols aussi de rente au denier cinquante sur les tailles constituées par quittances de finance de M. Favis Garde du trésor royal du trente septembre mille sept cent vingt-trois contrôlé le vingt-six janvier mille sept cent vingt-quatre, lesquelles parties de rente ci-dessus ladite future épouse jouir en commun avec ses frères et sœurs, promettant la dite épouse de fournir aux futurs époux la veille de leur épousailles ladite somme de neuf cent vingt-six livres de deniers comptant et ses meubles linge et hardes.
Desquels biens de ladite future épouse il en étaient en communauté le tiers de ladite somme de I vingt-six livres de denier comptant et desdites cent livres de meubles linge et hardes, montant à la somme de trois cent quarante-deux livres, le surplus avec ses portions de rente sera et demeurera propre à la dite future épouse et au frère de son côté et ligue avec tout ce que pendant le dit mariage lui adviendra et échera [échoira] tant les meubles qu’immeubles par succession donation ou lègue ou autre autrement.
Ledit futur époux a doué et doue ladite future épouse de la somme de six cent livres de douaire préfix une fois payé pour en jouir par ladite future aussitôt qu’il aura lui lieu suivant la coutume de Paris.
Le survivant des dits futurs époux aura et prendra par préciput et avant partage fait en biens meubles de la dite communauté cela d’eux qu’il voudra choisir suivant la prisée de l’inventaire qui en sera fait et sans criée jusqu’à la somme de deux cent cinquante livres ou ladite somme en deniers comptant au choix dudit survivent réciproquement.
S’il est vendu ou aliéné aucun bien fond ou rachat rente propre aux dits futurs époux remploi est à faire en acquisition d’immeubles _ _ pareille nature _ _ auxdits futurs époux duquel les dits biens auront été aliénés et si au jour de la dissolution de la dite communauté le dit remploi _ les deniers nécessaires pour le faire…
I Rectificatif paraphé en marge : neuf cent
page 4
seront pris sur ycelles [celles-ci] et s’ils ne suffisent ce qui _ à l’égard de la dite future épouse sera repris sur les propres autres biens desdits futurs époux, l’action duquel remploy sortira immobiliairement nature _ auxdits futures époux et au tiers de chacun côté en _.
Sera permis à ladite future épouse et aux enfants qui naitront du dit mariage de renoncer à ladite communauté ce faisant de reprendre franchement acquittement tout ce que ladite future épouse aura apporté au dit mariage aura tout ce que pendant iceluy lui sera advenu et échu tant en meuble qu’immeuble par succession donation lègue ou autrement, même ladite future épouse ses douaire et préciput tel que dessus le tout sans être par elle ni sesdits enfants tenu d’aucune dette et hypothèque de ladite communauté. Encore qu’elle y cui parlé, y fut obligé ou y cui être condamné dont elle lesdits enfants seront acquittés et indemnisés par les héritiers et par lesdits biens dudit futur époux,
Ledit futur époux déclare que pour dissoudre la communauté de biens qui était entre lui et ladite défunte Jeanne Denise COIN sa femme, il en a fait faire inventaire par Delaleu et son confrère notaire à Paris le huit novembre dernier clos en justice le vingt-deux du même mois.
Pour la bonne amitié que le dit futur époux a dit porter à la dite future épouse il lui a par ces présentes fait donation entre vifs et irrévocable d’une pareille part et portion que l’un de ses enfants. Le moins prenant accèdera en sa succession et de tout ce qui lui est promis de disposer par _ _ _ _ , pour en jouir faire et disposer par la dite future en toute propriété du jour du décès du dit future époux, II
Et pour faire justice en présenter au greffes des justifications du Châtelet de Paris et partout ou besoins sera _ ont faire et constitué leur procureur et porteur DAMOREAU_.
Car amitié et promettant obligeance chacun a son égard renoncer. Fait et passé à Paris en la demeure du dit sieur DAMOREAU oncle de la dite future épouse susdite Aile du Pont Marie.
II précision paraphée en marge : pour toutes les clauses et conventions du présent contrat il y aura hypothèque sur les biens du dit future époux de ce jourd’hui paraphes :
page 5
Paroisse Saint Louis l’an mille sept cent vingt-neuf le onzième jour de décembre avant midi et ont signé excepté le dit BONNEFOY (1) qui a déclaré ne savoir écrire ni signer de _ suivant l’ordonnance.
Pétronille Dumont AVELINE
Aveline
Louis DAMOREAU
Marie Jeanne MORVANT
François FLEURY
Marie Madeleine DUMONT
Marie Louise DUMONT
R. THURBET
ADAM [Louis]
Jean BONDY
_
Petit
Les notaires
Laucommier
Deshayes

–oOo–

Les dits François AVELINE et Pétronille DUMONT sont accordé qu’il autorise à l’effet des présentes en tant qu’il _ nomment en leur contrat de mariage ci-dessus et des autres parties en présence. Lesquels ils reconnaissent avoir reçu de_ etdit sieur _ DAMOREAU aussi nommé en leur contrat de mariage ci-dessus par les mains du sieur DAMOREAU au présent qu’il _ payé en louis d’argent et monnaie _ _ _ à la vue des notaires soussignés la somme de neuf cent vingt-six livres pour partage à la dot de ladite Pétronille DUMONT, laquelle somme a été remise entre les mains du dit sieur etdit DAMOREAU par lui Pétronille DUMONT, et de laquelle _ _ _ _ .
Pour le partage des biens et la succession de la veuve MORVANT, de laquelle somme de neuf cent vingt-six livres le susdit AVELINE, et Pétronille DUMONT quittent de déchargent ledit sieur etdit DAMOREAU, _ laquelle somme lui AVELINE…
Passé devant Deshayes _ le sept novembre _ cent vingt-huit.
note paraphée en marge : Rayé douze mots nuls au présent contrat.
1. Époux de Edmée DUMONT, Voiturier par terre et oncle paternel de Pétronille, dom. rue des Jardins, psse Saint Paul
page 6
se charge envers ladite future épouse, plus lesdits Aveline et Pétronille sa future épouse reconnaissent que ledit sieur Damoreau leur a présentement délivré une quittance signée de Deshayes l’un des notaires soussigné à la somme de cinquante-huit livres pour la part des frais mentionnés en ladite quittance dont ladite DUMONT était tenue, laquelle somme de cinquante-huit livres fait avec celle dite de neuf cent vingt-six livres suspayé par le sieur DAMOREAU auxdits AVELINE et sa future épouse celle de neuf cent quatre-vingt-quatre livres dont ledit sieur DAMOREAU et sa femme sestoient [s’étaient] chargés par le partage sur énoncé, de laquelle somme cinquante-huit livres lesdits comparants quittent et déchargent pareillement le dit sieur DAMOREAU et sa femme I promettent obligeance et renoncent.
Fait et passé à Paris en l’étude _ l’an mil sept cent trente le six janvier ont signé :
Rayé cinq mots nuls en la quittance ci-dessous
_ AVELINE, Pétronille DUMONT
Louis DAMOREAU
notaires : Laucommier, Deshayes

I précision paraphée en marge : consentons mention de ladite justice être _ faite en leur absence sur la minute expédions ledit partage par tous notaire requis en leur l’absence.
Domiciles
N’est-il pas émouvant de retrouver la trace de nos aïeux et de leurs proches après trois cent ans? Ci-dessous leurs domiciles à la paroisse et à la rue près, tous au centre de la capitale.
domiciles-paroisses
Famille AVELINE
Les parents : Jean et Claude, rue Saint Antoine, paroisse Saint Paul, en vert jusqu’à la Bastille rep. 16
François et Pétronille, rue Saint Antoine, paroisse Saint Gervais, en orange rep. 16
puis rep. 13, Rue Saint Louis, paroisse Saint Louis
La sœur de François, épouse de Louis MAUCOURT, Grand rue du Faubourg Saint Antoine, au-delà de la Bastille
Le demi-frère de Nicolas François Xavier, Jean François, paroisse Saint Nicolas des Champs
Un cordonnier ami, Louis ADAM, rue Regratière rep. 8 puis Rue Saint Louis rep. 13
Famille COIN
Les parents : Jacques et Élisabeth, rue des Prêtres, paroisse Saint Germain l’Auxerrois rep. 3
La sœur de Denise Jeanne COIN, épouse Jean LABOUR, paroisse Saint Paul
Le frère, Jacques François, paroisse Saint Merry en vert rep. 11
Famille DUMONT
Les parents : Pierre et Marie Jeanne, Quai des Ormes rep. 12. Locataires en 1722 chez Claude BARDIN, Aile du Pont Marie
Marie Jeanne épousera en seconde noce son cousin Louis DAMOREAU de la rue de la Tournelle, paroisse Saint Nicolas du Chardonnet rep. 9. Ils habiterons Aile du Pont Marie rep. 14
Les sœurs de Pétronille :
– Marie Louise, épouse de François FLEURY, rue de la Fromagerie rep. 6
– Marie Madeleine, Marchande de poisson, épouse de Janvier NAVET, veuf de Catherine MARTIN, rue de la Tissanderie rep. 10 en jaune
– Marie Françoise, épouse de Pierre BLANDIN, rue Aubry le Boucher, paroisse Sainte Eustache rep. 7
– Élisabeth, épouse de Maurice LEFÈVRE, rue Aux Deux Ponts rep. 15
– Tante Edmée ( sœur de Pierre DUMONT ), épouse de Michel BONNEFOY, rue des Jardins, paroisse Saint Paul rep. 20
– Oncle paternel Jean BRETON,  rue des Jardins, paroisse Saint Paul rep. 20
Famille NAVET
Les enfants :
– Pierre NAVET, Pont Marie, Île Saint-Louis rep. 14
– Michel Jacques NAVET
– Nicolas NAVET, rue de la Tisserandrie paroisse Saint Jean en Grève rep. 10 en jaune
– Jean Hubert NAVET, époux de Jeanne DELAISTRE, rue de Condé, paroisse Saint Sulpice rep. 2
– Louis NAVET, Pont Marie, Île Saint-Louis rep. 14
– Cousin maternel Georges MAILLET, rue de la Lanterne, paroisse Sainte Croix de la Cité rep. 5
– Cousin paternel Nicolas LANCELOT, rue de la Mortellerie, paroisse Saint Paul rep. 17

Source
Christine Ripaux, copie aux Archives nationales.