marie-hund-et-annelise-29-mars-1942-au-jardin-rue-de-lenfer_2-ans-avant-lettre_au-fond-entreprise-weill

Marie et Annelise le 29 mars 1942 au 2 Impasse de l’Enfer, deux ans avant cette lettre.

marie-et-annelise-en-1943

Marie et Annelise en 1943-44

Haguenau le 29 novembre 1944 (1)
Cher Frère, (2)
Je t’envoie quelques courtes nouvelles du pays car j’ai l’occasion de confier ma lettre à quelqu’un qui part demain pour Mannheim ; j’espère qu’il arrivera à destination. Peut-être en a tu entendu parler, l’ennemi est en Alsace. Demain cela fera huit jours que nous sommes terrés dans une cave. L’ennemi se tient devant notre ville et il y a de lourds combats. Jeudi dernier nous avons dû nous réfugier subitement, de jour, à la cave et aujourd’hui nous y sommes toujours. Nous avons déjà beaucoup souffert. Depuis jeudi l’artillerie tire sans interruption sur notre ville ; les tirs sont soutenus même en plein jour. Le premier tir sur Haguenau s’est abattu jeudi soir à 19 h 30 et celui-ci a touché la maison de ma sœur Alice ; sa chambre à coucher est très endommagée. Nous étions à la cuisine et nous avons eu une grande frayeur. Vitres et fenêtres ont sauté ; les enfants (3) ont crié. Hier nous avons essuyé des tirs nourris d’artillerie toute la journée et la nuit il y a eu un combat de chars. Nous sommes réunies dans la cave, celle de l’École des filles St Nicolas. Et il y a du monde là-dedans, cela est presque insupportable pour nous, être assis toute la journée et respirer un mauvais air. Interdit de sortir dans la rue, nous n’avons pas d’eau, pas de lumière, pas de gaz ; il n’y a pas de pain. La Grand-rue est très endommagée, presque chaque maison est démolie. Chez Paulus (4) et Schmitt, Freppel, Gross, Schaub et Hess il y eu un coup au but. La ville est en piteux état, la nuit dernière nous avons eu une grenade sur l’École des filles mais elle n’a pas traversé jusqu’à la cave. Je ne peux pas te décrire ce qu’il adviendra de nous. Si cette situation se prolonge encore quelques jours je ne sais pas comment nous allons survivre et dans quel état sera alors la ville. À Strasbourg ils s’en sont bien sortis et chez nous ils stationnent ; c’est qu’il y a de la résistance ici. Niederschäffolsheim est presqu’entièrement détruite par les incendies. En ce moment il y a des tirs de chars. Les tirs sont tellement soutenus que nous n’avons pas pu quitter la cave aujourd’hui. Joseph (5) est quand même parti samedi, ne pouvait-il pas rester, à cause de trois jours ; je le lui ai dit. Maintenant je suis assise ici, seule, malade et très nerveuse. Que le Bon Dieu nous aide et nous épargne sinon je ne sais pas comment nous survivrons. Nous nous faisons beaucoup de soucis pour vous. Je n’ai plus reçu de courrier de Joseph, je ne sais même pas s’il est bien arrivé à Kiel (6). Je t’écris donc, tu pourras peut-être lui envoyer cette lettre ou lui retranscrire selon tes moyens. Je n’avais pas d’adresse de Joseph. Nous sommes maintenant coupés du monde. Nous sommes dans la ligne de tir, nous savons maintenant ce que front veut dire. Bien, pour aujourd’hui je clos cette lettre dans l’espoir que nous nous reverrons et que tout se passe bien, donc je te salue et t’embrasse, ta sœur Marianne. Mère (7) et Alice (3) te saluent et espèrent un bon retour.
Ajout manuel : Seaboth est venu à pieds de Strasbourg à Haguenau.
Reçu (la lettre) le 29/01/1945 de mon Beau-frère Louis (2)

  1. mercredi
  2. Louis (Junior) Aveline
  3. Annelise 3 ans fille de Marie-Anne Hund née Aveline (1923) auteure de cette lettre ; Marlyse 5 ans et Monique 3 ans filles de Marie Alice Bastian née Aveline (1919)
  4. Im Landweg – Dans la Grand-rue ( précisions de Suzanne Jung Aveline ) :
    Épicerie Paulus,
    Réparateur de bicyclettes Freppel dont la fille Jacqueline était la copine de Suzanne A.,
    Joseph « Schmitt Seppel » fils de Marie Aveline,
    Boulangerie Gross,
    Coiffeur Schaub,
    Tailleur Hess,
    Seeboth copain de Pierre A.
  5. Joseph Hund, l’époux, né en 1921 à Haguenau
  6. Capital du Land Schleswig-Hostein, côte de la mer Baltique.
  7. Louise Aveline née Schmitt, à Surbourg en 1892, ferme Flecke-Hanse. Veuve depuis 1936.
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